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C'était une lettre de haine. Moi qui m'était toujours vu comme un bon prof, que mes élèves regardaient avec admiration, l'un de ceux que l'on attendait le plus lors de la distribution des emplois du temps. Mon atelier théâtre était un franc succès. Je n'avais jamais eu aucun ennemi. Jusqu'à maintenant. La lettre retrouva son enveloppe et, je ne sais vraiment pas pourquoi, elle se glissa dans mon sac.

***

La journée fut difficile. Avouons-le, le lycée Émile Zola n'était pas le plus réputé de la ville. D'un point de vue architectural, c'était moderne, bétonné et presque fonctionnel. Tous les ans apportaient son lot de travaux qui occasionnaient toujours problèmes de salles et de bruits. Il y a trois ans, toutes les peintures avaient été refaites. L'année suivante, ce fut le tour de la plomberie. L'année dernière, on avait enfin eu le budget pour refaire le système de chauffage du premier bâtiment – allez savoir pourquoi dans les années 50, le chauffage par le plafond était une petite révolution, sauf qu'ils n'avaient pas encore pensé à souffler l'air chaud vers le bas. Les plafonds hauts de plus 3 mètres, provoquaient de nombreux rhumes chez les professeurs exerçant au rez-de-chaussée. Cette année, le proviseur avait obtenu une enveloppe réduite et pouvait à peine refaire faire les peintures intérieures qui en avait de nouveau besoin. Il espérait bien obtenir une subvention conséquente, l'année suivante afin de remplacer toutes les fenêtres où le vent s'engouffrait. Dans les labos du troisième étage, en plein hiver, les élèves avaient le droit, contre toutes règles de sécurité basique, de conserver leurs doudounes synthétiques sous leurs blouses en coton. Cela, bien évidemment, malgré le tout nouveau chauffage.

D'un point de vue humain, raisonnons clairement : nous n'étions pas recherchés. À vrai dire, si, nous l'étions, mais pas par les parents désireux d'offrir une chance certaine d'avoir le bac. Pas un lycée huppé du centre-ville. En périphérie, coincé entre la caserne militaire – qui réduisait considérablement notre terrain d'athlétisme – et le pont du périphérique dégageant, deux fois par jour, des gaz toxiques qui empuantissaient la cour. Heureusement, la plupart des fenêtres du bâtiment étaient condamnées… Enfin, presque. Nous étions recherchés par les parents désespérés de trouver un établissement acceptant d'accueillir leur marmaille, virée de tous les autres lycées publics ou privés de la région. En plus, nous avions la chance d'avoir un pensionnat.

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