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Mes réflexions étaient interrompues quelques minutes plus tard par des bruits à ma porte. Derrière l’œil magique, Lewis Harrington m’avait présenté son insigne d’un air amusé. Il portait les mêmes vêtements froissés et rapiécés de la veille. Leur aspect négligé tranchait avec son allure générale soignée; cheveux noir grisonnant bien peignés, joues et menton rasés de près, ongles propres et manucurés. Une fois dans le vestibule, ses traits étaient devenus soucieux. Pour ma part, j’étais soulagée de constater qu’il avait omis de mettre de sa lotion après rasage. La nouvelle de ma participation active à l’enquête n’avait pas semblé lui plaire. Pourquoi avait-il changé d’avis à mon sujet ? Il avait pourtant insisté lors de sa visite pour que je l’accompagne. Peut-être, en fin de compte, ne souhaitait-il pas travailler avec moi ? C’était connu, certains hommes se sentent menacés par les psys, et davantage lorsqu’il s’agissait de femmes psys, craignant que leurs comportements soient scrutés à la loupe et analysés. Je me promis de vérifier cette hypothèse dès que l’occasion se présenterait.

Peu après huit heures, la Jensen cabriolet rouge du détective Harrington quittait la façade immaculée de mon appartement dans le Brent, en direction du centre-ville. Nous formions une curieuse équipe. Nous étions à au moins cent lieues du duo classique des romans policiers. Lui, un colosse d’origine indienne dans la cinquantaine avancée et moi, une frêle psychologue de trente-deux ans, en tailleur gris et talons hauts. Dans les circonstances, il était amusant de constater comment un type au physique aussi imposant arrivait à prendre place dans une voiture aussi exiguë. Une fois le détective installé dans son siège, l’espace disponible se limitait à un ou deux pouces, soit tout juste ce qu’il lui fallait pour tourner le volant et accéder à l’embrayage sans frôler la catastrophe durant la conduite. En dépit du comique de la situation, je n’arrivais pas à chasser certaines craintes de mon esprit. Je ne me sentais pas du tout à ma place dans cette histoire. Une enquête policière comportait son lot de dangers, même dans le cas d’un enfant en fugue, et je me demandais si je serais à la hauteur. Je décidais de me faire discrète et de le laisser conduire les investigations. Après tout, c’était lui le spécialiste dans ce domaine.

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