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Les pages qui suivent ont été écrites en prison par un homme âgé, solitaire et pugnace. Maurras a 82 ans et purge à la maison centrale de Clairvaux une peine de réclusion à perpétuité. Pendant sa détention, qui durera sept ans, jusqu’à sa mort en 19521, Maurras ne cessera de se battre et de travailler.

Comment ne pas être impressionné et, disons-le, admiratif devant la volonté d’un homme exclu de la société, qui trouve encore la force de se défendre et de poursuivre son œuvre.

Trois ans plus tôt, sous le pseudonyme de « Xénophon III », il avait écrit une « Apologie de Socrate », dans laquelle il s’efforçait de « lever » la calomnie (au sens propre et grec une « apologie » est un « discours » qui vise à « écarter » une accusation). Une poignée de fidèles, parmi lesquels Pierre Boutang et Roger Nimier, chercheront à relayer dans la presse parisienne la parole du vieux maître.

De cette période particulièrement féconde, où se succèdent poésie, critique littéraire et textes théoriques2 il faut retenir l’essai magistral qu’il consacra à la figure d’Antigone3 « vierge-mère de l’ordre », qui incarne selon lui, et nous sommes à mille lieux des interprétations canoniques : « Les lois très concordantes de l’Homme, des Dieux, de la cité », alors que Créon, l’anarchiste, « les viole et les défie toutes ». On ne saurait mieux résumer l’état d’esprit de Maurras en ces années sombres. La relecture des grands classiques, alors que tout autour de lui n’est qu’agitation, lui apporte une sorte de sérénité et d’acuité dans l’analyse.

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