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« Oui, chérie ? » répondit-il, luttant pour faire fonctionner sa gorge. Il toucha sa pomme d’Adam de l’un de ses gants.

« Je t’ai préparé un bon petit verre. »

« Je descends tout de suite. »

Il fit un détour par la salle de bains. Il s’installa devant le miroir et leva les paupières. Dessous, il n’y avait pas encore de tache noire. Des yeux noirs constitueraient une preuve accablante.

Il se rendit au salon. La boisson était posée sur la table basse. Il s’assit avec précaution dans sa chauffeuse. Demora avait bourré sa pipe pour qu’il la trouve à côté de son coude, prête à être allumée.

Elle sortit de la cuisine. Sa robe de chambre dissimulait des rondeurs tentantes. Elle avait les cheveux relevés en un chignon sévère. Elle n’était pas à son avantage. Son cou nu faisait ressortir ses joues. Mais elle était encore belle. Elle sourit.

« Journée difficile au travail, mon chéri ? » Sa voix flûtée était joyeuse.

« Pas vraiment. »

Il n’avait rien fait. Il était descendu au théâtre et s’était arrangé pour qu’on le voie, pour que tout le monde sache que le vieux Randall veillait, fidèle au poste. Puis il s’était assis derrière son bureau, les lumières éteintes, à écouter les coups de marteaux des décorateurs préparant le plateau de « My Fair Lady. » Là-bas, derrière les rideaux, se tenait un autre monde, un monde où il ne pouvait plus jouer aucun rôle. Il en aurait pleuré s’il avait été capable de produire les larmes nécessaires.

« Chéri ? »

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