Ping Pou travailla jour et nuit, ne parla à personne. Après de patientes observations au cours desquelles il clignait de l’oeil en regardant sa boule, il partit en direction du Mont Yaka. On ne le revit jamais. La rumeur répandit à son égard maintes légendes. On raconta par exemple qu’effrayé par un dragon sorti du Fleuve Jaune, il s’y était noyé. On dit aussi qu’ayant dérobé l’élixir d’immortalité, il s’était enfui vers la lune pour échapper à la colère des dieux. Très vite cependant, on cessa de parler de lui. Pendant des dynasties son nom fut recouvert par le silence, et seuls quelques spécialistes auraient pu dire que Ping Pou avait été astronome au temps de la dynastie des Zhou. Tout le monde savait pourtant que les éclipses de soleil étaient dues à la conduite déréglée du Roi et de son Épouse, mais rares étaient ceux qui auraient pu affirmer que Ping Pou était l’auteur de cette explication.


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Nous sommes maintenant en 1830, c’est-à-dire vers la fin de la dynastie Qing, aux abords de Tianjin. C’est en creusant la terre pour y faire un puits avant la saison sèche que deux enfants, Lou et Wang, découvrirent une liasse de papier de lin recouverte d’une calligraphie énigmatique. Après de vaines tentatives de déchiffrage, ils s’en remirent à leur père, qui était professeur de chinois ancien à l’Université du Dragon d’Or de Pékin. Il ne s’agissait ni plus ni moins que du journal de Ping Pou. La liasse avait souffert du temps. Cependant, après un examen savant, le professeur Lu Li Chi réussit à traduire une partie du manuscrit. Il compléta les phrases incomplètes, évita les termes contestés, utilisa un langage contemporain tout en restant au plus près du texte original, et essaya de placer les dates dans le calendrier moderne. Quand il eut terminé, il appela Lou et Wang et leur lut lentement le texte de Ping Pou.

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