Ah pis de la marde, whatever... Je lui fais lire et je m’en détache, voilà tout. C’est pas moi. C’est un manuscrit, un roman.

— Alors, Soliane, ça va? Tu penses à quoi, là? On lit ou quoi?

— Ouais, on lit. Ça me fait juste... drôle un peu de relire ça.

Que je lui dis. Sans vraiment y réfléchir. Ouais, je sais pas trop... ce que ça me fait. Il traverse la chambre en trois pas et me tend la main pour m’aider à me lever, en profitant pour fouiner les trucs dans mon garde-robe. Il hume un peu... tâte mes foulards de la main, hmmm... Il me serre contre lui, mais j’ai mon manuscrit en main qui fait obstacle. Je lui souris et il en profite pour tenter de m’embrasser. Je me dégage rapidement et il ne réussit qu’à se bouffer une couette de cheveux haha.

— Ok, viens, que je lui dis, on fait de la lecture.

Voilà, quoi. Je me détache... Je flotte. La nuit est maintenant bien entamée et on approche l’heure de fermeture des bars. Comme le bout de rue qu’on voit de mon balcon mène directement à ceux-ci, tous les fêtards passent par là et ils défilent par groupes plus ou moins bruyant à quelque distance, dans le court espace entre mon building et le suivant. J’aime bien ainsi avoir l’occasion de voir les gens pendant un instant, les voir de loin, sans qu’ils ne me voient.

Je tasse le Mac un peu, je m’assois à côté de lui, tout près, collée, j’ouvre ma brique et je me tourne vers lui.

— Hum, qu’il bafouille, ils sont quelle couleur, dis, tes yeux?

— Je sais pas hihi. C’est toi qui les vois.

— Ils changent de couleur, on dirait.

— Hum (sourire), ouais... Tiens, regarde, que je dis, lis.

...Adossée au mur de son appartement, les yeux pleins de sommeil, elle regardait l’ouvrier s’affairer à percer sa porte. Le proprio, lui, restait dans le corridor, souriant vaguement. Il jouait avec des clés. Elles tintaient.

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