Ils se mirent à sillonner les rues voisines, en quête d’une idée pour gagner quelques sous.

Nous n’aurions peut-être pas dû laisser nos sacs sur le dirigeable, dit Olympe comme ils dépassaient une boutique de bric-à-brac. Nous aurions pu vendre quelques affaires. Un bol, ou… Le fait main, c’est exotique, non ?

Parfois trop, si tu veux mon avis, répondit Aaron. Tâchons de ne pas nous faire remarquer.

Elle acquiesça, songeuse, et glissa machinalement un bras dans le sien. Frappé en plein cœur, Éric dut détourner le regard. Autrefois, c’était à lui qu’elle aurait adressé ce geste d’affection tranquille. Combien de fois avaient-ils marché ainsi, proches à se toucher, dans les jardins de l’Académie ou lors d’une soirée au théâtre ? Quelques mois plus tôt, il aurait tenté de se réapproprier son attention. Mais à quoi bon ? Elle revenait toujours à Aaron, et il était fatigué de se battre pour un sourire ou un mot.

À la place, il scruta la ville autour d’eux. Il y avait de plus en plus de monde, à présent. Les magasins concluaient leurs dernières affaires et fermaient pour la soirée, laissant la part belle aux restaurants et aux amuseurs de rue. Des groupes d’amis se retrouvaient et s’embrassaient. Les chevaux commençaient à peiner à fendre la foule et les cochers pestaient contre les piétons.

En apparence, tout était normal. Pourtant, Éric ressentait une sorte de malaise. C’était dans les traits tirés de cet ouvrier, ou les cernes de cette mère de famille. C’était dans les conversations creuses et les terrasses des restaurants qui échouaient à se remplir. C’était surtout dans les uniformes qu’il ne cessait d’apercevoir du coin de l’œil. Une dispute éclata sur le trottoir. Les gardes se mirent en action comme une machine bien huilée, préparée, et le cœur d’Éric se serra. Il n’avait jamais vu autant d’agents en ville.

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